Peut-on utiliser une signature électronique pour le consentement éclairé ?

Rédigé par
Florentin Ory
Publié le
19/6/26

Oui, une signature électronique peut être utilisée pour le consentement éclairé dans un essai clinique, si le cadre réglementaire applicable l'autorise et si le processus reste maîtrisé.

Qu’est-ce qu’une signature électronique dans les essais cliniques ?

Une signature électronique est une donnée numérique associée à un document. Elle permet d’identifier le signataire, de démontrer son intention de signer et de lier cette action au document signé.

Dans un essai clinique, elle peut remplacer la signature manuscrite sur le formulaire de consentement éclairé lorsque le cadre applicable l’autorise et que le système répond aux exigences attendues.

Selon le pays et le niveau d’exigence, il peut s’agir d’une signature simple, avancée ou qualifiée, d’une authentification par code à usage unique, d’une signature tactile ou d’un autre mécanisme validé. L’objectif reste le même : identifier le signataire, horodater l’action, conserver la preuve et garantir l’intégrité du document signé.

Signature électronique et eConsent : distinguer la preuve du parcours

La signature électronique n’est qu’une étape du consentement électronique. L’eConsent couvre l’ensemble du parcours : mise à disposition de l’information, échange avec l’équipe de recherche, vérification de la compréhension, recueil de l’accord, remise d’une copie et archivage.

Cette distinction est essentielle. Un outil de signature peut formaliser un accord, mais il ne suffit pas à structurer un consentement éclairé. L’eConsent doit aider les équipes à documenter un parcours complet, compréhensible pour le participant et exploitable en cas d’audit ou d’inspection.

Quel cadre réglementaire s'applique ?

Le cadre dépend du pays, du type d'étude et de l'usage prévu de la signature électronique. Un essai soumis à la FDA, une investigation de dispositif médical en Europe ou une étude académique locale ne mobilise pas toujours les mêmes exigences.

États-Unis : FDA, OHRP, 21 CFR Part 11 et IRB

Aux États-Unis, la FDA et l'OHRP (Office for Human Research Protections) ont publié en 2016 une guidance dédiée à l'eConsent : Use of Electronic Informed Consent in Clinical Investigations: Questions and Answers. Ce document sert de référence pour les sponsors, investigateurs et IRB. Il couvre l'utilisation de systèmes électroniques et de médias multiples pour obtenir le consentement, avec un accent sur la compréhension du participant, la documentation, l'archivage et la supervision par l’investigateur.

Le 21 CFR Part 11 encadre l’utilisation des enregistrements électroniques et signatures électroniques dans les contextes soumis à la FDA. Il précise les conditions dans lesquelles ces enregistrements et signatures peuvent être considérés comme fiables et équivalents aux documents et signatures papier.

La FDA a aussi finalisé en 2024 une guidance dédiée aux systèmes électroniques, enregistrements électroniques et signatures électroniques dans les investigations cliniques. Elle précise les attentes sur la fiabilité, l'intégrité et l'équivalence avec les documents papier.

L'IRB, ou Institutional Review Board, doit approuver le processus de consentement avant son utilisation. Il évalue la protection des participants, la clarté de l'information, la méthode de recueil du consentement et les documents remis au participant.

Europe : eIDAS, comités d'éthique et exigences locales

En Europe, la validité juridique de la signature électronique s'inscrit dans le cadre eIDAS, Règlement (UE) 910/2014, qui distingue plusieurs niveaux de signature : simple, avancée et qualifiée. La signature qualifiée correspond au niveau d'exigence le plus élevé.

Dans les essais cliniques, l'acceptation de l'eConsent dépend aussi du pays, du type d'étude et de l'avis du comité d'éthique compétent, par exemple un CPP en France ou une Ethik-Kommission en Allemagne. Le système utilisé doit répondre aux attentes de traçabilité, de validation, de sécurité et d'auditabilité applicables aux systèmes informatisés. Selon le contexte, EU Annex 11, ICH GCP, ISO 14155 ou des exigences nationales peuvent s'appliquer.

ICH E6(R3) et qualité du processus

ICH E6(R3), adoptée en janvier 2025, renforce les principes de qualité par conception, d'approche proportionnée au risque, de protection des participants, de fiabilité des données et d'utilisation appropriée des technologies dans les essais cliniques.

Pour l'eConsent, cela signifie que la technologie doit servir le processus. Elle doit soutenir la compréhension, la traçabilité et la sécurité, sans affaiblir le rôle de l'investigateur ni la liberté de décision du participant.

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Consentement papier vs eConsent : quelles différences ?

Le papier reste familier, mais il crée des contraintes connues : impression, signature physique, scan, archivage, risque de version incorrecte, perte de document ou délai de transmission.

L'eConsent apporte surtout de la structure : horodatage, gestion des versions, suivi des signatures, archivage centralisé et traçabilité des étapes. Il peut aussi faciliter les essais hybrides ou décentralisés, lorsque certains échanges avec le participant ne se font pas exclusivement sur site.

Le support change, pas l'exigence : le consentement doit rester libre, éclairé et documenté.

eConsent sur site ou à distance

Le consentement électronique ne concerne pas uniquement les essais à distance. Il peut aussi structurer un parcours sur site.

Sur site, le participant peut accéder au formulaire via une tablette, un poste dédié ou un QR code. L'équipe de recherche reste disponible pour expliquer l'étude, répondre aux questions et vérifier la compréhension.

À distance, le participant peut recevoir un lien sécurisé par email ou SMS, consulter les documents, échanger avec l'équipe de recherche selon le parcours prévu, puis signer électroniquement. Ce modèle doit être cadré avec le comité d'éthique et adapté aux exigences locales.

Dans les deux cas, le processus doit permettre de documenter :

  • la version du formulaire présentée
  • l'identité du participant ou du signataire
  • la date et l'heure de la signature
  • les actions réalisées
  • la copie remise au participant
  • les éventuels re-consentements en cas d'amendement

Un module d'eConsent intégré permet de relier ce parcours au suivi de l'étude, sans créer de rupture entre consentement, documentation et données cliniques.

Bonnes pratiques avant de déployer l'eConsent

Plusieurs points doivent être cadrés avant de déployer un processus d'eConsent dans une étude clinique.

Valider le système utilisé

La plateforme doit être validée et adaptée au cadre applicable : 21 CFR Part 11 pour les études concernées par la FDA, EU Annex 11 dans les contextes européens applicables, et exigences locales des comités d'éthique.

La validation doit couvrir le fonctionnement du système, la gestion des accès, la traçabilité, la sécurité, la conservation des données et la capacité à produire les preuves nécessaires en cas d'audit ou d'inspection.

Vérifier l'accessibilité du parcours

Le processus doit rester accessible aux participants. L'eConsent ne doit pas exclure les personnes peu à l'aise avec le numérique, mal équipées ou nécessitant un accompagnement particulier.

Selon l'étude, une alternative papier peut rester nécessaire. L'objectif est de garantir un consentement valide et compréhensible pour chaque participant.

Préserver l'échange avec l'investigateur

Le numérique ne doit pas couper le lien avec l'équipe de recherche. Des questions de compréhension peuvent aider à identifier les points à clarifier, mais elles ne remplacent pas l'échange avec l'investigateur lorsque celui-ci est requis.

Le protocole doit préciser comment les questions du participant sont traitées, qui répond, à quel moment et comment l'échange est documenté.

Gérer les versions, la copie signée et le re-consentement

La gestion des versions est critique. Le système doit indiquer quelle version du formulaire a été présentée, signée et remise au participant.

Le participant doit recevoir ou pouvoir télécharger une copie du consentement signé. Cette copie doit correspondre à la version signée et rester accessible selon les modalités définies dans l'étude.

En cas d'amendement, les équipes doivent identifier les participants concernés par un nouveau consentement, suivre les signatures attendues et conserver l'historique complet.

Sécuriser les données et les preuves

Les signatures, horodatages, documents signés et journaux d'audit doivent être protégés contre les modifications non autorisées. Les accès doivent être maîtrisés, et les actions doivent rester traçables.

La qualité de l'audit trail joue ici un rôle central : elle permet de reconstruire qui a fait quoi, quand, sur quelle version et dans quel contexte.

Défis courants

Les questions les plus fréquentes portent sur la validité juridique, l'identification du signataire, la compréhension réelle du participant et la sécurité des données.

Ces points se traitent rarement par l'outil seul. Ils dépendent du cadrage du processus : niveau de signature retenu, validation du système, formation des sites, gestion des versions, audit trail et procédure de support pour les participants.

Les solutions n'offrent pas toutes le même niveau de traçabilité et d'intégration. Un outil isolé peut suffire à signer un document, mais il crée parfois une rupture entre le consentement, le suivi des participants, l'eCRF et la documentation de l'étude. Une solution intégrée limite cette fragmentation.

La signature électronique peut être utilisée pour le consentement éclairé, à condition de s'inscrire dans un parcours clair, validé et traçable.

L'eConsent ne remplace pas l'échange avec le participant. Il permet de mieux documenter le consentement, de gérer les versions et de conserver les preuves associées, que le parcours se fasse sur site, à distance ou dans un modèle hybride.

Florentin Ory
PDG et cofondateur

Florentin associe le savoir-faire de la recherche clinique à une véritable passion pour la conception de produits. Soucieux du détail et obsédé par l'expérience utilisateur, il veille à ce que Datacapt reste une plateforme performante, intuitive et accessible à tous les utilisateurs.

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